L’Oranais – Le dictat du silence peut tout dire

Des oiseaux pourraient-ils, de par leurs chants, faire monter le brouhaha du changement ?

Ilyes Salem a fait preuve d’audace, de culot, peut-être d’imprudence, avec l’écriture et la réalisation de ce film, un film de fiction, mais qui se veut être un miroir du réel, plébiscité par certains, dérangeant et vexant pour d’autres, mais une chose est certaine, il n’a pas fait rétorquer ses spectateurs par le silence, ce silence auquel je reviendrais plus tard.

de gauche à droite : Khaled Ben Aissa (Hamid), Lyes Salem (Djaffar), Najib Oudghiri (Farid), Djemel Barek (Said) à L'Armador
de gauche à droite : Khaled Ben Aissa (Hamid), Lyes Salem (Djaffar), Najib Oudghiri (Farid), Djemel Barek (Said) à L’Armador

Au delà de l’élan socio-politique sur lequel porte le film, retraçant donc par la fiction, par le biais de personnages imaginaires, des héros de la révolution algérienne inventés, une réalité ressentie par certains, réfutée par d’autres.

Mais elle s’inscrit dans un environnement réel, et des dates réelles, pour tenter d’expliquer des faits réels, ainsi, on part de cette révolution qui a porté tant d’espoirs, de rêves, de perspectives et de convictions, pour finir à la veille d’un Octobre 88 régit par la désillusion.

Ce film, uni, étonnement, deux caractères diamétralement opposés. Entre Djaffar (Lyes Salem), l’Oranais, un personnage presque candide, qui croit en ses convictions, mais qui subit tout le temps son destin, qui ne le choisi jamais, c’est le gars qui n’a pas eu de choix.

Et Hamid (Khaled Benaissa), le politicien, le dirigeant, qui n’a de cesse décidé pour lui et pour les autres les destinés.

Djaffar perd la paix de l’âme après avoir arraché la paix de la patrie, Hamid tente quant à lui de maintenir la paix et le bonheur de tous, quitte à user de malhonnêteté.

A Djaffar, on impose tout, une guerre, un titre de héro, une perte de l’être aimé, un enfant, une possession, une vie … Hamid décide de tout, quoi posséder, comment diriger, et même de vie et de mort.

Mais les convergences et les divergences feront que Djaffar apprendra à diriger sa vie, et à retrouver la paix, et à ce que Hamid la perd.

Le film est riche en symbolismes, en traits de caractères, et exprime les paradoxes de la société algérienne, le fait d’essayer d’unifier sous l’étendard de l’arabisation par exemple, une patrie trop diversifiée, et en rappelant tout au long du film, cette diversité, que ce soit par les dialogues que par la musique. L’Algérie est un melting-pot de cultures, elle absorbe le monde comme peu de cultures savent le faire, elle est au carrefour du monde, et Lyes Salem a su le rappeler, d’abord par la musique, du Raï qui traverse les époques, en passant par toutes ces musiques qui ont bercé l’Algérie, le flamenco, le judéo-maghrébin, l’oriental (Abdelhalim Hafedh), l’indou (Janitou) … mais jamais en exagérant. Rappelons un peu cette apparition d’Amazigh Kateb, accompagné d’un Mohamed Zami toujours aussi magnifique, et qui marque le Intro et le Outro de toute cette aventure.

Le choix d’Oran, est sans doute judicieux en ce sens, car Oran est la ville algérienne cosmopolite par excellence.

Mais parlons en un peu de ce silence, qui passe souvent sous silence lors des débats, alors que c’est le véritable fil porteur, le fil rouge du film … tout tourne autour du silence.

Des silences, on en a eu de toutes les formes, tout au long du film, mais aucun n’a été gratuit, la dextérité d’exécution, voilà ce qui est beau.

On a eu des silences lourds, mais aussi des silences qui prêtent à rire, des sourires gênants, des sourires troublants … Les choses les plus importantes, clés, dans le film, elles ne sont pas dites, mais comprises, faisant immerger le spectateur, le rendant acolyte des personnages et de l’histoire. Dès le début du film, première séquence, on est confronté à ce silence, Djaffar posant des questions à Hamid, et Hamid ne donnant aucune réponse, laissons Djaffar, et nous spectateurs, pensifs, curieux, et attendant impatiemment des réponses …

Chaque séquence est ponctuée de son moment de silence, et on ne peut que sourire, dans l’ombre de la salle obscure, à entendre quelqu’un quelque part, expliquer ce qu’ils peuvent bien signifier : « Elle est morte », « Il lui a demandé la main de sa fille », et plein d’autres remarques exprimées par le publique …

Il est souvent rappelé également ; Farid qui explique « Le poids de nos mensonges nous imposera le silence », ou bien Djaffar qui raconte à Hamid « Durant la guerre, quand je prenais mon tour de garde, c’était le dernier quart, les animaux de la nuit ne faisaient plus aucun bruit, et ceux du jour n’ont pas encore commencé, et c’est à ce moment là que j’avais mes angoisses. Il y avait le silence, et l’obscurité, et c’est comme si ça empêchait la lumière de trouver son chemin … »*.  Zyad également qui expliquait qu’il faut absolument garder le silence, parfois, on le rappelait de manière très ironique « elle parle trop », qu’il dit à propos de Sofia, qui, une séquence avant, il ne savait même pas comment tenir la conversation avec elle, une séquence ponctuée par un silence drôle en timidité.

Et ces silences lourds, gênants, fuyant, que reçoit Bachir (Abdou Boukefa) quand il demande à sa tante Halima (Amal Kateb) de lui en apprendre plus sa mère.

Mais n’est-ce pas là un reflet de cette société algérienne ? qui voit tout, qui sait où est son mal, mais qui ne dit rien ? Qui fait primer le silence sur le reste ? Et qui se fige, qui n’avance pas, et se terre, se recroqueville, et s’efface dans son silence ?

Mais vous savez où le silence a été le plus poignant ? Le pantomime … Cette séquence résumait tant, elle partait du réel au mensonge, de l’espoir à l’abus de la réalité, dans le silence le plus total, sous le regard de ceux qui savent, les invitant à crier, à dire, mais le silence leur ai imposé …

Mais dans cette obscurité, un petit oiseau courageux, commence à chanter, et un autre de là-bas le suis, puis un autre, puis un autre, et en 5 minutes, toute la forêt chante, et le jour se lève …

Je ne m’attarde pas plus, j’aimerai savoir ce que vous en pensez, et vous invite à donner vos impressions vous aussi, si vous ne l’avez pas encore vu, allez le voir … il ne vous laissera pas silencieux ! Et revenez me dire VOTRE impression, ici.

Vous pouvez voir déjà la bande annonce.

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* J’ai essayé de retranscrire approximativement, par mémoire …

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